Alain Lambert et ses chiens : de l’éducation canine à la médiation animale

Article du Cahier 2 ASH (Actualités Sociales Hebdomadaires) sur la Médiation animale numéro 3175)

Depuis 1982, Alain Lambert est éducateur canin, mais pas que… Avec ses chiens qu’il transporte dans une petite carriole (un vélo-cargo) à l’avant de sa bicyclette, il sillonne Paris et anime des ateliers de sensibilisation et de médiation. Il a développé le concept de « chien citoyen » devenu « chien du citoyen », l’idée étant qu’un chien bien éduqué peut s’intégrer parfaitement dans la cité et favoriser les rapports humains. Les publics qui participent à ces ateliers sont très variés mais l’enthousiasme et la force de persuasion d’Alain Lambert sont toujours les mêmes !

Dans la peau d’un chien Atelier enfant (6-10 ans) – Photo William Beaucardet

Dans la peau d’un chien, Parc de la Villette Dimanche après-midi, une « folie » (c’est ainsi que l’on nomme les petits édifices rouges disséminés dans le Parc de la Villette, en souvenir des constructions ludiques qui égayaient les parcs et jardins du XVIIIe siècle) au bord du canal de l’Ourcq. Alain Lambert accueille une douzaine d’enfants de 8 à 10 ans, accompagnés de leurs parents. Depuis 12 ans, il anime régulièrement l’atelier « Dans la peau d’un chien ». L’objectif ? Apprendre aux enfants et à leurs parents à mieux connaître le chien, à ne pas en avoir peur et à mieux se comporter avec lui. Installé au centre d’une petite scène, l’animateur édicte une première règle. Les CM3 (tous ceux qui viennent après le CM2) n’ont le droit de répondre aux questions que si personne d’autre ne connait la réponse : ici, ce sont les enfants qui ont la parole !

Dans la peau d’un chien Atelier enfant (6-10 ans) Photo William Beaucardet

Alain Lambert, qui est aussi photographe, lance ensuite la discussion sur les différentes races de chien. Il montre de grande photos et les enfants commentent. Celui-ci a des grandes oreilles, celui-là des pattes courtes, cet autre encore et plus grand qu’un adulte ! Il s’agit par cette entrée en matière de faire prendre conscience aux enfants que les chiens sont comme des individus, ils ont chacun leurs caractéristiques. Il n’y a pas de races gentilles ou méchantes ou dangereuses… tout est une question d’éducation ! Avant de faire entrer ses deux chiens dans l’arène, Alain Lambert énumère quelques règles complémentaires : « Après quoi courent les chiens ? Après les lapins ! Je ne veux pas que vous courriez comme des lapins ! Vous avez tout à fait le droit d’avoir peur du chien, vous avez le droit d’être en colère. Mais je ne veux pas le voir. » Et il propose un petit exercice qui fait beaucoup rire tout le monde : « Moi je suis un humain et vous, vous êtes tous des chiens. Mettez vous dans la peau d’un chien, celui que vous voulez. Vous ne m’avez jamais vu. Qu’est-ce que vous pensez si je me mets à vous caresser et à vous ébouriffer les cheveux (poils) ? » Il joint le geste à la parole et les enfants se rétractent en criant. « Vous comprenez ? On ne touche pas un chien que l’on ne connaît pas ! »

Dans la peau d’un chien Atelier enfant (6-10 ans) Photo William Beaucardet

Alain Lambert fait enfin entrer ses chiens, sous les yeux émerveillés et impatients des enfants. Il y a Avril, un dalmatien, et Youyou, un tout petit gabarit. Les enfants respectent les consignes et restent neutres. Bien éduqués, les chiens obéissent aux commandes qu’ils reçoivent sous forme de signes très précis. Assis ! Couché ! ici !Sur le tapis rouge ! « Vous avez vu ? Vous avez mémorisé tous les signes ? Qui veut essayer ? » Les volontaires ne manquent pas . Les chiens enchainent les petits exercices et son récompensés. Dans la salle, personne n’a peur, personne ne court comme un lapin.

« Mon objectif, c’est de sensibiliser les gens aux bienfaits de l’éducation canine. Si un chien est bien élevé, on peut vivre en harmonie avec lui. Si on applique quelques règles simples, les problèmes d’incivilité et les risques d’agression disparaissent. Le chien reste à sa place si l’humain reste à sa place. Il y a à Paris un chien pour 20 habitants. Si le chien citoyen a un maître citoyen, tout le monde est gagnant. Le chien dans la ville peut être un formidable lien social !« 

Photo Alain Lambert

Médiation canine, Centre d’accueil de jour Paris 19 A quelques centaines de mètres du Parc de la Villette, au rez-de-chaussée d’un ensemble d’immeubles modernes, le Centre d’Accueil Suzanne Aussaguel reçoit des adultes handicapés mentaux inaptes au travail en milieu protégé. 45 personnes sont ainsi accueillies chaque jour et se voient proposer des différentes activités au choix. On y retrouve Alain Lambert, son vélo et ses deux chiens Avril et Youyou. Tout le monde semble le connaître. Il vient au centre une fois par mois et anime un atelier d’une heure environ, avec une dizaine de participants, dont certains viennent très régulièrement. Comme à la Villette, Alain Lambert énonce certaines règles de base et explique, démonstrations à l’appui, les principes de l’éducation canine. Les gestes des mains, le nom des chiens, toujours commencer et terminer une action, savoir rester neutre devant un chien. Le dialogue se met en place, Alain répète patiemment les instructions. Certains sont toujours volontaires pour essayer-faire venir le chien sur le tapis rouge, le féliciter, lui donner une croquette en récompense, luis signifier que l’exercice est terminé. D’autres se sentent intimidés, restent sur la réserve. Personne n’est forcé. Carole est très attentive, elle ne quitte pas le chien des yeux. Avant, elle en avait peur, maintenant elle n’a plus peur, elle est contente de retrouver les chiens d’Alain même si elle a parfois du mal à se souvenir de leurs noms.

La séance ressemble de loin aux ateliers avec les enfants de la Villette. L’objectif poursuivi est pourtant différent. Ici, on est vraiment dans la médiation animale. « Je n’ai pas du tout en tête de leur apprendre à conduire un animal ou à devenir éducateur canin, explique Alain Lambert. Mais ce qui se passe avec le chien pendant les séances, les interactions en jeu, les réactions déclenchées, l’évolution des comportements… tout ceci facilite le travail des éducateurs spécialisés. Je ne travaille qu’avec des personnes capables de me reconnaître d’une fois sur l’autre, capables de mémoriser le nom de mes chiens, capables d’apprendre un tant soi peu des gestes et des techniques. Alors il se passe parfois des choses incroyables qui ont des effets en dehors de la séance.« 

Claudine Colozzi

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