Le Cavalier King Charles est-il le Roi des épagneuls nains?

Pour comprendre la cynophilie, il faut connaître (un peu) l’histoire de notre pays. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la sélection des chiens faite de « bonnes origines« , de « pureté des races« , de « choix des lignées » et de particules régionales était la chasse gardée de la royauté. Si vous n’avez pas été élevé, comme moi, dans une famille laïque, il est peut être bon de vous rappeler les leçons d’histoire de notre République. Je résume. Un roi c’est un petit malin qui a réussi à expliquer à ses copains qu’il était né, par la grâce de Dieu, lui et toute sa lignée, pour être privilégié.

Vu que les nobles ne s’abaissaient pas à travailler, l’un des passe-temps préférés des seigneurs était de chasser. C’est pourquoi il n’est pas étonnant que ce soit les lévriers qui aient été les premiers présents dans la représentation des monarques. Vous pourrez le constater en regardant ces tableaux de François Premier (1520) ou d’Henri IV (1610). Quelques années avant qu’elle ne perde la tête, on pouvait encore observer un whippet (et un épagneul) accompagner Marie Antoinette (1783).

En France, le premier Roi s’appelait Clovis. En 493, ce chef de clan « barbare » s’est marié avec Clotilde une princesse chrétienne de « haut lignage ». Les historiens s’accordent pour expliquer qu’il n’y a que peu de traces de ses exploits en dehors des textes d’un évêque Grégoire de Tours qui a assuré, trente ans après la mort du premier monarque, le service après vente de la famille. Toute la lignée de Mérovée (les Mérovingiens), puis Charlemagne (et tous les rois Carolingiens) suivi d’Hugues Capet (et d’une procession de Capétiens), de Philippe de Valois (un chapelet de Charles et de François) puis d’une multitude de Rois Bourbon (des Louis en veux-tu en voilà) jusqu’à Louis Philippe D’Orléans en 1848 ont pu chanter en chœur : « merci Grégoire ! ». Ils ont imposé aux Français et aux Européens pendant 15 siècles la domination de la particule, de l’arbre généalogique et de nombreux attributs symbolisant leurs privilèges. Parmi les attributs de la royauté, il y a les chiens racés. Ainsi les chiens de chasse et les chiens de compagnie miniatures ont été l’apanage de la noblesse de France et d’Europe pendant des siècles.



Versailles, le Disneyland des chiens de chasse et des chiens miniatures

De la moitié du XVIIème siècle jusqu’à la révolution, le Palais de Versailles et son parc qui s’étendait sur plus de 8000 hectares étaient une sorte de Disneyland de la chasse réservé aux trois Louis (XIV, XV et XVI) et ceci pendant cent ans ( de 1682 à 1789). Le Roi disposait ainsi de tous les types de chiens pour chasser, en fonction de ses envies, du petit ou du gros gibier. Le monarque avait une « antichambre des chiens » située dans ses appartements privés où vivaient une vingtaine d’épagneuls et de braques conduits par un « gouverneur des petits chiens de la chambre ». Le terme de « petit » ne décrivait pas un chien miniature mais un chien de chasse « couchant » (aujourd’hui appelé « chien d’arrêt ») utilisé pour la chasse au fusil.

Pour varier ses bons plaisirs, le monarque disposait également de plusieurs meutes de « grands » chiens courants de grande vénerie (aujourd’hui appelé « chasse à courre ») et de lévriers pour chasser, comme ce nom l’indique, des lièvres. Louis XIV, par exemple, avait une passion pour ces « petits » et « grands » chiens de chasse. Contrairement à son cousin Charles II le roi d’Angleterre, il n’avait pas d’intérêt pour les chiens de chasse miniatures qu’étaient les épagneuls nains. Pourtant ces chiens de compagnie étaient très présents à la cour. Les nobles ont toujours été les promoteurs de petites races issues de la miniaturisation des molosses comme le carlin ou la réduction des chiens de chasse comme les épagneuls nains. Ainsi Henriette d’Angleterre, sa belle sœur qui vivait à Versailles, adorait les épagneuls nains comme son frère qui régnait sur les Iles de Grande Bretagne.

Il ne faut pas confondre Charles II l’espagnol et les épagneuls de Charles II

Attention toutefois à ne pas faire de confusion entre Charles II le Roi Espagnol et l’épagneul de Charles II. Il ne faut pas se tromper pour évoquer l’histoire du Roi qui a donné son nom à deux races de chiens (le King Charles et le Cavalier King Charles).

Le monarque en question était Charles II d’Angleterre. Il ne faut pas le confondre avec un autre de ses cousins qui dirigeaient la péninsule Ibérique. Il faut également reconnaître que cette pratique qui consiste à se marier entre cousins et à garder les mêmes noms pour garder un patrimoine commun, a joué des tours à quelques lignées de reines et de rois qui ont mal tournées. Le pauvre Charles d’Espagne issu d’un mariage consanguin souffrait d’une grande déficience intellectuelle et de problèmes physiques importants. Il mourut à 39 ans sans enfant. C’est une leçon à retenir la nature est parfois dure pour ceux qui se reproduisent entre parents peu éloignés.

C’est pourquoi, il n’est pas inutile avant d’acheter un chiot Cavalier King Charles de vérifier qu’il ne souffre pas de quelques pathologies héréditaires de ces races : Syndrome de Chute Episodique (Contraction involontaire des membres)-(Kérato-Conjonctivite Séche et Dermatose Ichtyosiforme) Syndrome de l’œil sec et du poil frisé -Myélopathie Dégénérative (Paralysie progressive) -Maladie de la Valve Mitrale (Dysfonctionnement de valve dans le cœur)

En France, les Cavalier King Charles sont de plus en plus vendus

La sélection « scientifique »  remplace la sélection « divine » au XIXème siècle

Avec la Révolution Française, la théorie de la sélection « divine » des origines en a pris un coup mais la nature a horreur du vide. L’eugénisme et la sélection «scientifique » des races a beaucoup plu aux familles de la grande bourgeoisie qui ont pris progressivement le pouvoir grâce à la révolution industrielle au 19eme siècle. C’est ainsi qu’un nombre de standards de races ont été créés pendant cette période. Les sujets de la Reine d’Angleterre ont grandement contribué à la reconnaissance du Toy Spaniel en 1883 qui devint le King Charles selon la volonté du Roi Édouard VII. C’est en 1928 que les instances de la cynophilie anglaise créèrent un standard du Cavalier King Charles plus proche de la forme des épagneuls nains représentés dans les tableaux illustrant Charles II et ses chiens.

Les puissants milliardaires d’aujourd’hui aiment toujours autant se montrer avec des chiens de race comme le faisaient les aristocrates. Quelle différence y-a-t ‘il entre une Liliane Bettancourt qui adorait Thomas son teckel, n’aimait pas les caniches et déclarait « Cette race me gêne, j’ai l’impression d’un jouet et je ne sais pas si j’ai aimé les jouets… » et la Princesse Palatine (belle soeur de Louis XIV) qui écrivait « Je n’aime pas les bolonais, je les trouve délicats ; je leur préfère de beaucoup les épagneuls français.« ? Serge Dassault chassant dans son domaine des Yvelines installé sur le plateau d’un 4×4 n’a-t-il pas quelques points communs avec un Louis XIV qui était à la fin de sa vie un adepte de la « chasse en calèche » ? Allez savoir ! Il y aura peut-être un jour, pour honorer ces rois et ces reines de la toute puissante économie, des Daschund Queen Liliane ou des Retriever de Coignières ? Ça pourrait plaire !

Alain Lambert

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